12 ans de TCA : mon histoire
27 septembre 2026

12 ans de TCA : mon histoire

12 ans de TCA : mon histoire

Quand je repense au début de mes troubles alimentaires, je me rends compte que tout a commencé de manière assez banale.
J’avais une vingtaine d’années. Je venais de quitter le logement de mes parents pour prendre mon premier appartement. À cette période-là, je sortais beaucoup, je faisais la fête, mon rythme de vie avait complètement changé et j’avais pris du poids.
À la fin de ma première année de DUT de biologie, j’ai décidé de faire un régime. Pas juste de “faire un peu attention”. J’ai commencé un régime très restrictif.
À ce moment-là, je ne pensais pas une seule seconde que ça allait prendre une telle place dans ma vie. Je voulais simplement perdre le poids que j’avais pris et retrouver un corps dans lequel je me sentirais mieux.
Sauf que petit à petit, ce qui devait être temporaire est devenu beaucoup plus compliqué.

Quand l’alimentation devient une obsession

Au début, j’avais surtout l’impression de bien faire. Je mangeais moins, je faisais attention, j’essayais d’être sérieuse et disciplinée. Mais avec le temps, j’ai commencé à mettre de plus en plus de règles autour de la nourriture.
Il y avait les aliments que je pouvais manger et ceux que je devais éviter. Les quantités devenaient importantes. Les calories aussi. J’avais peur de dépasser, peur de prendre du poids et surtout peur de perdre le contrôle.
Et c’est justement là que les compulsions ont commencé à apparaître. Plus je contrôlais, plus je finissais par craquer.
Après une crise, je culpabilisais énormément. Je me promettais que le lendemain, je recommencerais “correctement”. Donc je restreignais à nouveau, puis je finissais par refaire une crise.
Pendant très longtemps, je n’ai pas compris que les deux étaient liés. Je pensais juste que je manquais de volonté. Je me disais qu’il fallait que je sois plus stricte, plus disciplinée, plus forte. En réalité, je faisais exactement ce qui entretenait le cercle.

Le bodybuilding a encore renforcé ce besoin de contrôle

En 2016 et 2017, je me suis mise au bodybuilding, plus précisément au bikini fitness. À cette époque, mes TCA étaient déjà présents.
Je me suis préparée pour une compétition. Tout était extrêmement cadré. Je pesais mes aliments, je comptais mes calories, mes macros, je suivais une alimentation très stricte et je m’entraînais énormément. Il y avait aussi beaucoup de cardio.
Sur le moment, je ne voyais pas forcément ça comme quelque chose de problématique. Au contraire, tout ce contrôle était valorisé. Plus j’étais rigoureuse, plus j’avais l’impression de bien faire.Et puis mon corps a changé.
Je me suis retrouvée avec le corps que j’avais toujours voulu avoir. Très sec, très dessiné, avec ce physique de compétition que j’avais imaginé pendant longtemps.
J’ai fait une compétition de bikini fitness et je devais en faire une deuxième.
Le plus difficile est arrivé après la première compétition. Ce physique n’était tout simplement pas tenable. Une fois la préparation terminée, j’ai repris du poids. C’était normal, mais moi je ne le vivais pas du tout comme quelque chose de normal.
J’avais enfin obtenu le corps que j’avais toujours voulu et je n’arrivais pas à accepter de le perdre. Ça a été très difficile mentalement.
J’ai finalement décidé d’annuler ma deuxième compétition parce que je sentais que ça devenait trop compliqué pour ma santé mentale.
Avec le recul, je sais que le bodybuilding n’a pas créé mes troubles alimentaires. Ils étaient déjà là bien avant. Mais cette période a clairement renforcé chez moi le besoin de contrôle, la peur de prendre du poids et l’obsession autour du physique.

Pendant ce temps-là, je travaillais normalement

C’est quelque chose qui peut être difficile à comprendre de l’extérieur.
Quand on souffre de TCA, on ne passe pas forcément ses journées enfermée chez soi à ne plus rien faire.
Pendant des années, j’ai continué à travailler, à avoir des responsabilités et à donner l’impression que tout allait bien.
J’ai travaillé environ dix ans dans le domaine de la qualité et de la sécurité en agroalimentaire. J’ai fini par devenir responsable qualité et sécurité, avec une équipe à manager.
J’avais donc un métier avec beaucoup de responsabilités. Mais en parallèle, les TCA étaient toujours là.
Pendant longtemps, j’ai réussi à faire tenir les deux ensemble. Sauf qu’avec les années, ça devenait de plus en plus difficile.
J’étais très fatiguée. J’avais du mal à me concentrer. Une énorme partie de mon énergie passait dans la nourriture, les crises, la culpabilité, le poids et toutes les pensées qui allaient avec.
À un moment, ce n’était plus compatible avec mon travail. Je n’arrivais plus à fonctionner normalement. Et ce n’était pas seulement le travail. Ma vie personnelle aussi devenait de plus en plus compliquée.

J’ai fini par arriver au bout

Je n’ai pas eu un grand déclic du jour au lendemain. Je n’ai pas ouvert les yeux un matin en me disant : “Ça y est, maintenant je vais guérir.”
J’ai surtout fini par arriver à un point où je ne pouvais plus continuer comme ça. J’ai traversé une dépression profonde avec des idées noires très fortes et récurrentes.
Je n’arrivais plus à avoir une vie professionnelle normale. Je n’arrivais plus non plus à avoir une vie personnelle qui me convenait.
Les TCA avaient pris beaucoup trop de place. En juillet 2025, j’ai été hospitalisée pendant trois mois à Bordeaux. Ça a été une étape importante dans mon parcours.
Après toutes ces années à essayer de tenir, il fallait que quelque chose change vraiment.

Sortir des TCA n’a pas voulu dire devenir parfaite

La guérison ne s’est pas faite en quelques semaines.
J’ai dû comprendre énormément de choses sur mon fonctionnement, sur la restriction, sur les compulsions, sur mon rapport au corps et surtout sur ce besoin permanent de contrôle.
Pendant douze ans, les TCA ont influencé une grande partie de ma vie. Ils influençaient ce que je mangeais, ce que j’évitais, la façon dont je regardais mon corps, mon humeur, mon énergie et parfois même les sorties ou les moments que j’acceptais de vivre.
Une grosse partie de mon cerveau était occupée par la nourriture, le poids, les crises et la culpabilité. Quand je pense à ma guérison aujourd’hui, je ne pense pas à une alimentation parfaite ou au fait d’aimer mon corps tous les jours.
Je pense surtout à la liberté. Aujourd’hui, je suis libre. Je suis sortie de cette prison.
La nourriture ne dirige plus mes journées. Mon corps ne décide plus de mon humeur. Je n’ai plus besoin de passer mon temps à négocier avec moi-même autour de ce que j’ai le droit ou non de manger.
Après douze ans à vivre comme ça, cette liberté est énorme.

Pourquoi j’ai créé Manger Heureuse

Après ma guérison, j’ai commencé à regarder tout mon parcours autrement.
Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de choses que j’aurais aimé comprendre plus tôt.
J’aurais aimé comprendre pourquoi je faisais des crises alors que je passais mon temps à vouloir me contrôler.
J’aurais aimé comprendre que la restriction pouvait justement entretenir les compulsions.
J’aurais aimé comprendre pourquoi je recommençais encore et encore alors que je me promettais à chaque fois que ce serait la dernière.
Petit à petit, j’ai eu envie de transmettre tout ce que j’avais appris. C’est comme ça que Manger Heureuse est né.
Aujourd’hui, je parle des TCA, des compulsions alimentaires, de la restriction, de l’image corporelle et de tous ces mécanismes qu’on comprend très mal quand on est en plein dedans.
J’accompagne aussi des personnes concernées par les troubles alimentaires dans une démarche non médicale, en complément d’un suivi médical ou psychologique quand il est nécessaire.
Je ne peux pas récupérer les douze années que j’ai passées avec les TCA.
Mais je peux choisir ce que j’en fais aujourd’hui.
Et si mon histoire peut aider quelqu’un à comprendre ce qu’il vit, à se sentir moins seul ou simplement à se dire qu’il existe une vie après les TCA, alors ça a du sens pour moi.
Parce qu’aujourd’hui, je sais à quoi ressemble cette vie. Et surtout, je sais à quoi ressemble la liberté.

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